Éclairage et feuille de route avec Olivier Driffort, Président de l’UFACS.

Extrait du magazine 360 #6 - Mars 2022

Vous êtes le président de l’Union Française des Acteurs de Compétence en Sécurité : pouvez-vous revenir sur les éléments qui ont contribué à sa création ?

Olivier Driffort. La dispersion des forces n’est jamais une bonne chose. Depuis des années nous avions deux syndicats travaillant chacun de son côté, se retrouvant parfois dans les mêmes groupes de travail, mais ne parlant pas d’une seule et même voix et parfois, ne parlant pas en même temps sur les mêmes sujets... Ce n’était pas viable pour la filière formation. Pour être entendus, pour être force de proposition, il faut, à minima, être réunis.

L’idée est née comme cela avec la volonté des deux côtés d’avancer.  Après le démarrage du comité de rapprochement, tout a été plus facile étant donné que nous avions tous le même état d’esprit : travailler pour améliorer la filière formation, pour nos adhérents, pour leurs centres de formation. L’UFACS a été créée.

Quels sont selon vous les principaux atouts et défauts qui animent aujourd’hui la filière de formation en sécurité ?

Olivier Driffort. Les atouts : Nous ne partons pas d’une feuille blanche : les parcours de formation existent ! Dans chaque activité de sécurité, nous avons déjà plusieurs certificateurs, dont la branche qui propose des parcours de formations de grande qualité. Des prérequis des futurs bénéficiaires à la certification, tout a été pensé par la branche pour niveler par le haut et c’est une très bonne chose pour la formation professionnelle et pour la sécurité privée.

Les défauts : il y a un défaut systémique et des défauts « techniques », les seconds étant la conséquence du premier. Défaut systémique : s’il était bon, nécessaire, légitime que la formation dans une profession réglementée, relève en grande partie du ministère de l’Intérieur, notamment au début, cette tutelle est devenue bloquante pour une véritable professionnalisation du secteur.

Ainsi, pas de prise en compte ou de suffisante compréhension de l’évolution du cadre global de la formation notamment après la loi de 2018 pour choisir son avenir professionnel (plus les OPCO, France Compétence, VAE, alternance, digital…).

Le ministère de l’Intérieur ne voit la formation que sous le prisme de la réglementation : un volume horaire et des intitulés de modules et sous-modules. Or, la formation ne fonctionne plus comme cela. Elle nécessite des financeurs, des certificateurs (et donc un focus sur les examens). Une compétence acquise n’est pas la résultante d’un nombre d’heures de formation figé !

La formation dépend, avant tout, d’une politique de branche. Le ministère de l’Intérieur devrait être à son écoute, et l’accompagner dans son rôle de régulation de la concurrence.

Quelles sont vos ambitions à court et moyen termes ?

Olivier Driffort. A très court à terme parce que le temps très passe vite, nous allons devoir étudier avec attention les textes sur le CQP évènementiel pour les Jeux Olympiques et Paralympiques 2024 avec juste avant la coupe du monde de rugby 2023 ; et voir comment l’UFCAS se positionne pour proposer à ses adhérents la meilleure solution.

Toujours à court terme, nous avons la quasi-obligation de développer l’alternance, l’apprentissage, la FOAD et l’AFEST, pour répondre de manière pérenne aux attentes du secteur de la sécurité privée, et s’inscrire dans le développement de la loi « Avenir professionnel ».

Nous formulons des propositions pour l’ordonnance formation (loi de sécurité globale) avec la modification de l’arrêté du 1er juillet 2016 qui ne répond plus aux besoins et aux attentes actuelles.

Nous travaillons sur les évolutions technologiques des missions de sécurité avec, au centre, l’humain qui devra coordonner les moyens électroniques et les nouvelles technologies qui impacteront nos parcours de formation. Encore et toujours, car c’est un leitmotiv permanent, nous travaillons sur la diversification de nos offres ; nous sommes avant tout des ENTREPRISES de formation et nous devons nous diversifier pour assurer notre pérennité économique.

Comment la formation peut-elle concrètement contribuer à la professionnalisation des entreprises de sécurité privée ?

Olivier Driffort. En développant des certifications plus variées. En lien avec les entreprises du secteur, nous devons développer notre ingénierie de formation pour mettre à disposition des entreprises et des salariés des parcours adaptés et cela bien souvent, au-delà de la réglementation.

La formation est surement le premier maillon à améliorer et à consolider pour contribuer à la professionnalisation des entreprises de sécurité privée mais aussi des services internes des clients. En effet, plus les agents seront performants, plus les prestations seront de qualité, plus le prix de ces prestations pourra être revu à la hausse. C’est un cercle vertueux.

IA, machine learning, Edge computing, etc., les professionnels veulent des formations qui vont au-delà du cadre réglementaire. Quelles actions menez-vous dans ce sens ?

Olivier Driffort. Les compétences prévues ne sont en effet plus suffisantes. Les nouvelles technologies, les besoins de nos clients évoluent plus rapidement que la réglementation.  Cela présente au moins l’avantage que nous pouvons utiliser tous les outils de formation à notre disposition pour répondre aux besoins de nos clients.

Nous créons des certifications de compétences en adaptant nos formations aux besoins des entreprises et des salariés, qui sont variés, à la différence d’une formation unique valable pour 80% des candidats mais qui a besoin de complément.

Le secteur de la sécurité privée doit être attractif. Avec une filière de la sécurité forte, charge à nous, prestataires de formation de proposer à nos futurs apprenants des parcours adaptés, avec des outils d’apprentissages dans l’air du temps : réalité augmentée, réalité virtuelle, escape games, tout ce qui peut nous aider est bon à utiliser.

Quid d’une évolution à l’espagnole (avec un classement des impératifs de compétences en fonction des niveaux de risques des sites) ? Est-ce possible, souhaitable, en France ?

Olivier Driffort. Une approche similaire est envisageable, voire souhaitable. Dans un premier temps pour avoir des compétences en lien avec le secteur choisi mais également pour donner aux futures personnes qui souhaitent intégrer la sécurité privée, une ou des perspectives d’évolutions, avec la garantie d’avoir des compétences en adéquation avec son métier.

Aujourd’hui, tous nos clients veulent du « sur-mesure ». C’est une réalité que nous prenons en compte et nous nous adaptons aux demandes. Les acteurs de formation sont des professionnels et ils sauront répondre à toutes les attentes du secteur de la sécurité. L’UFACS, quant à elle, continuera de porter la voix des organismes de formation et continuera à travailler pour ses adhérents actuels et futurs.

Les chiffres clés de
la sécurité privée

25 000
entreprises
300 000
professionnels
12 milliards d’€
de chiffres d’affaires
6 activités
règlementées
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